Mais les voici comme nous ne les avons jamais connus, au moment de leur mariage :
L'homélie prononcée à leur mariage, à lire !!! :
ALLOCUTION PRONONCEE AU MARIAGE
DU LIEUTENANT ROGER TRAMOND ET DE MADEMOISELLE JOSETTE CASSIER
PAR M. L’ABBE J. VILLEPELET,
DIRECTEUR AU GRAND SEMINAIRE DE BOURGES
LE 18 JUIN 1929
Mademoiselle,
Mon Lieutenant,
En demandant à un professeur de Grand Séminaire de bénir votre union, vous n'avez pas eu le dessein, je l'imagine, d'entendre un cours austère et didactique, tel que nous avons l'habitude d'en faire à ceux qui, destinés au ministère des âmes, ont besoin de connaître, dans le détail, la législation canonique du contrat et du sacrement de mariage.
Il vous a plu surtout, Mademoiselle, de vous souvenir des années d'ailleurs pas si lointaines, où vous vous prépariez à votre première communion, et de demander à votre ancien catéchiste qu'il vous adresse aujourd'hui, à l'heure de votre mariage, une simple et brève exhortation.
...Je vous revois encore, comme si c'était hier, montant plusieurs fois par semaine l'antique et pittoresque escalier de la Grange des Dîmes, où, à l'ombre de la Cathédrale, tant de générations ont reçu l'enseignement de la foi chrétienne : vous vous y montriez régulière, empresse, studieuse, avide de mieux connaître et de mieux aimer Notre-Seigneur.
Ajouterai-je que, comme toutes vos compagnes, vous aimiez beaucoup les histoires ?...
Ce ne sera donc pas pour vous déplaire si je commence aussi ce matin par une histoire cette dernière leçon de catéchisme.
Je crains seulement qu'elle ne soit pas absolument inédite et qu'au cours de ces derniers mois, l'ancien Sain-Cyrien qu'est votre fiancé vous l'ait déjà contée ; qu'il me pardonne donc une redite qui est de son domaine et qu'il a dû entendre plus d'une fois.
"Donc un soir de victoire, la Gloire au ciel planait. Sur le champ de bataille, elle voit un enfant de France, un jeune élève de Saint-Cyr, dont le sang coulait avec abondance. La Gloire est femme. Elle s'émeut. La voici près du blessé qui la regarde de ses yeux fiévreux comme s'il voyait sa fiancée.
"Alors détachant de son aile immaculée la plus blanche de ses plumes, la Gloire la trempe dans le sang du Saint-Cyrien."
Telle serait l'origine allégorique du "casoar", origine soulignée par les vers qui en accompagnent la remise :
"Tu n'oublieras pas que le beau panache
Dont la Gloire un jour nous fit le présent
Ne porta jamais qu'une seule tache,
Et que cette tache est celle du sang !"
Si les histoires renferment toujours quelque part de vérité, je n'oserais pas affirmer, mon lieutenant, que vous n'ayez point fait vous-même ce rêve, tandis que vous portiez encore le casoar, mais un rêve moins tragique que celui de votre devancier : vous êtes de la génération d'après-guerre, pour qui, nous voulons l'espérer, la vision du sang est écartée à jamais.
Cependant, même à l'aurore d'une longue période de paix, comment ne surgirait pas de cette autre vision du champ de bataille qu'est la vie, champ de bataille âpre et rugueux, qui comporte aussi ses embuscades et ses luttes, parfois ses blessés et ses morts ? Et vous vous êtes sans doute plus d'une fois demandé quelle main tendre et forte vous serait plus tard secourable, quel coeur battrait au rythme du vôtre.
Aujourd'hui s'évanouit le mystère qui enveloppait le rêve de votre jeunesse, car ici, au pied même de cet autel, Dieu vous unit, par le sacrement de mariage, à celle qui vous réservait un don plus précieux que la gloire, la tendresse de son coeur.
A la vérité, l'histoire du Saint-Cyrien n'est-elle pas vieille comme le monde ? Elle a eu pour premier décor l'Eden du paradis terrestre, lorsque Dieu, ayant d'abord créé l'homme à son image et à sa ressemblance, déclara : "Il ne lui est pas bon d'être seul ; faisons une aide semblable à lui". Et il créa Eve.
Unissant alors ces deux premiers êtres raisonnables, sortis de ses mains toute-puissantes, Dieu établit les bases du mariage parfait, destiné à servir de modèle à toutes les autres unions qui se noueraient ici-bas jusqu'à la fin des temps ; il en fixa les lois immuables qui en garantiraient le bonheur et en assureraient la fin : l'unité, l'indissolubilité, la fécondité.
Au cours des siècles, le Christ, à son tour, restaura et compléta l'institution primitive du mariage, en l'élevant à la dignité de sacrement, de telle sorte que les époux chrétiens qui unissent leurs destinées sous le signe de la Croix, reçoivent un trésor de grâces qui leur permettent d'accomplir, au jour le jour, tous leurs devoirs.
Ces devoirs en effet sont nombreux, parfois difficiles, toujours très élevés : devoir d'affection et de dévouement réciproque, puisé dans l'abnégation et l'oubli de soi ; devoir de peupler les berceaux et d'élargir, autant que Dieu voudra, le cercle du foyer ; devoir d'élever l'enfant, c'est-à-dire de le préparer aux tâches de la vie, en l'apprenant à se vaincre ; devoir de former en lui non seulement l'homme de demain, mais aussi le chrétien sans peur et sans reproche, fier de sa foi, conscient de sa destinée immortelle, si bien qu'en définitive le but suprême du mariage est de peupler le ciel et que les parents chrétiens apparaissent comme les recruteurs de l'éternité.
L'heure n'est plus d'insister sur ce programme qui sera le vôtre désormais, et qu'avec la grâce de Dieu vous voudrez et saurez l'un et l'autre remplir sans défaillance.
J'en ai la douce confiance, lorsque j'interroge votre passé, car j'y découvre des qualités précieuses, des convictions personnelles, des traditions familiales, quisont les meilleurs garanties de votre avenir.
Que dirai-je de votre enfance, Mademoiselle, sinon qu'elle s'est écoulée heureuse et simple, entourée de la chaude affection de parents très aimés. Ils pensaient vous garder lontemps près d'eux, vous étiez la plus jeune ; vous n'aviez d'autre désir que de leur donner encore beaucoup de joie et de tendresse.
Aussi quand parfois, des plaines d'Avor, je ne sais quel oiseau de proie venait étendre ses larges ailes au-dessus des coteaux enchanteurs du Sancerrois ou des murailles antiques de Bourges, je les soupçonne un peu d'avoir murmuré que ce pouvait bien être un mauvais présage.
Mais quand ils s'aperçurent que vous ne partagiez pas du tout leurs inquiétudes, que vous remarquiez même avec complaisance les évolutions savantes de l'oiseau dans le ciel, et que vous éprouviez en somme ce premier frémissement de l'âme qui s'éveille à un monde nouveau, ils n'osèrent plus vous retenir et vous donnèrent donc la permission de vous "envoler" ; dans cette éternelle lutte entre le droit et le sentiment, le droit, une fois de plus, - et pourtant il était aux mains d'un maître - devrait s'avouer vaincu.
Vaincu ?... A moitié seulement, car vous pouviez tout de même le revendiquer pour vous : malgré votre jeunesse, n'aviez-vous pas la maturité nécessaire, les qualités de l'esprit et du coeur requises pour affronter les responsabilités inhérentes au mariage ? N'aviez-vous pas surtout ces convictions religieuses, que donne une solide éducation chrétienne, et qui vous permettront de bien remplir vos devoirs d'épouse et de mère de famille ?
Ces qualités et ces convictions, vous les possédez vous-même, mon lieutenant, à un haut degré, m'ont dit ceux qui vous connaissent. Vous les avez puisées dans des traditions ancestrales, qu'un simple mot résume et magnifie : le devoir, le devoir au service de la patrie.
Le nom que vous portez est inséparable de nos gloires militaires, inséparable surtout de notre grande Ecole de Saint-Cyr que commanda jadis le général Jean-Baptiste Tramond, co-inventeur d'une arme qui a rendu tant de service à la défense nationale. Sous un tel patronage, sept des vôtres, je crois, sont passés par cette Ecole, qui dans la suite ont fait rayonner la bravoure française sur tous nos champs de bataille, aussi bien en 1870 que lors de la Grande Guerre.
De cette liste glorieuse, je citerai seulement Monsieur votre père, dont la grave blessure reçue aux attaches de Champagne en 1915 et la citation à l'ordre de l'armée demeurent pour vous et pour tous les siens un si valeureux exemple ; je citerai aussi votre frère aîné qui, il y a trois ans à peine, comme sous-lieutenant aux tirailleurs marocains, inaugurait sa carrière des armes en versant son sang dans la plaine de Taza.
Il n'est donc pas surprenant qu'élevé dans une telle atmosphère, après de fortes études à Bordeaux, vous ayez songé à entrer vous aussi à Saint-Cyr, pour y puiser ce culte du devoir, si nécessaire à de futurs officiers et que naguère Albert Sorel résumait si bien dans un discours adressé à vos anciens : "La France pour objet, l'honneur pour devise, la science et le courage pour moyens. Nul devoir plus grand dans sa simplicité".
"Nul devoir plus grand dans sa simplicité". Oh ! l'admirable formule qui convient à la fois à ceux qui défendent le sol de la patrie et à ceux qui, sur ce même sol, assument la lourde tâche de bâtir un foyer. Je voudrais, chers jeunes gens, que cette devise soit gravée dans vos deux coeurs en ineffaçables caractères, au moment où devant Dieu vous contractez l'engagement sacré de vous donner l'un à l'autre, afin qu'elle vous rappelle sans cesse que la vie nouvelle dans laquelle vous entrez, elle aussi, "est une oeuvre de choix qui veut beaucoup d'amour".
Et si, pour vous indiquer comment se réalisera cette oeuvre de choix, vous me permettiez, en terminant de vous citer l'une des maximes les plus chères à tout aviateur, je vous rappellerais avec l'un d'entre eux que "plus on vole haut, plus on est en sécurité".
Au premier abord il semble que ce soit là un audacieux paradoxe, capable de déconcerter les profanes et d'effaroucher les timides. En technicien averti, vous n'auriez sans doute pas de peine, mon lieutenant, à le justifier. Aussi me garderai-je bien de vous contredire, préférant d'ailleurs ne pas vous suivre sur ce terrain...
Du moins dans le domaine de l'ordre moral et religieux, où je me sens plus à l'aise, j'avoue que rien n'est plus juste d'affirmer que plus on vole haut, plus on est en sécurité.
En langage moderne, c'est une fidèle transposition du conseil de saint Paul recommandant au chrétien de "rechercher les choses d'en-haut, non pas celles de la terre" ; c'est une réminiscence imprévue du Livre de l'Imitation, invitant l'âme aux ascensions spirituelles, lui fixant sa demeure sur ces hauts sommets de la foi où l'air est plus pur, le ciel plus beau, Dieu plus proche.
Pour que votre amour soit en sécurité, pour le soustraire aux atteintes du temps, aux attaques des hommes, à la fragilité de sa nature même, volez donc très haut, très haut dans la lumière. Evitez les brouillards, fuyez les tempêtes, percez les ténèbres, recherchez les vastes perspectives et les horizons infinis ; je veux dire, vivez dans la loi du Seigneur, dans la soumission à sa volonté, dans l'accomplissement de ses préceptes, et le Seigneur vous gardera.
"Dieu premier servi !" C'était la fière parole de Jeanne d'Arc, à laquelle vous rattache un double lien de parenté. Je suis sûr qu'elle aimerait, la sainte Lorraine, que vous vous inspiriez de sa devise ; en retour elle vous obtiendra ce vrai et durable bonheur que tous ici, parents et amis, vous souhaitent avec un affectueux empressement.
Et que Notre-Dame de Lorette, la patronne liturgique des aviateurs - en souvenir de la Santa Casa de Nazareth transportée en Italie par les anges - que Notre-Dame se Lorette protège le beau voyage de la vie que vous commencez ensemble aujourd'hui ! Qu'elle vous conduise dans la paix et dans la joie jusqu'au port de l'éternel bonheur !
Une partie des parents et grands-parents de grand-mère ("Zette") :
(Charlemagne Cassier, avoué à Sancerre, a été maire de cette ville pendant 50 ans)
et de grand-père ("Roger") :
Et leurs enfants et petits-enfants (arbre dessiné par grand-père, puis complété...avec une petite erreur : grand-mère n'est pas née en avril mais en mars) :
Grand-père, toujours sa pipe en bouche :

La fratrie à La Félicité (Aix-en-Provence) :
Quelques années plus tard, au Sinange :
Encore plus tard :
Grand-mère à Sancerre (la maison de son enfance) :
Au Sinange, baptême de son premier arrière-arrière-petit-fils : Thibault :
Grande réunion familiale ! :
Quelques photos de tableaux peints par grand-père au Sinange :
Ainsi
soit-il !








