JACQUES TRAMOND




MEMOIRES FAMILIALES DE JACQUES TRAMOND



A MA MERE

Pour la remercier de nous avoir transmis toute cette gloire,



A MA FEMME

Pour qu'elle m'aide à la transmettre à mon tour,




A MES ENFANTS

Pour qu'ils comprennent bien toutes les obligations qui leur incombent et que « SERVIR », chez nous n'est pas un vain mot.




PRAZ-COUTANT
25 Février 1943




Marcelle TRAMOND Capitaine Jacques TRAMOND Colette TRAMOND




MORTS POUR LA FRANCE
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X.de MASSAC, lieutenant d'Infanterie tué au siège de Monheur.
Y. de MASSAC, son frère, tué au même siège.

Antoine CANELLE, Capitaine d'Infanterie, tué en 1793.
Henry Joseph CANELLE, mort des blessures reçues au siège de Tournay.

L.Simon CANELLE, tué à Valenciennes le 1-5-1793.
L.T. BARDE de HEDOUVILLE, tué à l'armée de Condé.

CANELLE de SAINT FARGEUX, tué à Quiberon.
Joseph TRAMOND, tué au service du Premier Consul.

Bernardin de SEBEVILLE, Aide de Camp de Leclerc, tué à Léogane (Haîti).
Charles de SEBEVILLE, tué en Allemagne.

Edouard de SEBEVILLE, Aide de Camp du Gouverneur de Navarre, tué en Espagne.
François de SEBEVILLE, tué en Espagne.

Alphonse CANELLE, mort en 1824 de ses blessures d'Espagne.
Jules TRAMOND, tué en Crimée.

Joannes TRAMOND, tué en 1864 à Estanzuela (Méxique).
Hippolyte TRAMOND, mort en 1875 de ses blessures de 1870.

Christian LYON, tué en 1914-1918.
De MONTFERRAND, tué en 1914-1918.

Pierre du LYS, tué en 1914-1918.
Yves du LYS, tué en 1914-1918.

Roland de La GARANDERIE, tué en 1915.
René CHAUMEIL, tué en 1914.

Michel de VILLEFORT, tué en 1914.
Henry TRAMOND, tué en 1915.

Marcel LHERM, mort en 1916 des suites de la Guerre.
François du CHAYLA, mort des suites de la guerre de 1914-1918.

Jacques PARMENTIER, mort en 1933 des suites de la guerre de 1914-1918.
Henry de BATZ, mort en 1939 de ses blessures de la guerre de 1914-1918.

Henry de GAUJAC, tué le 10 juin 1940.
Georges de ROUVILLE, tué en 1939-1940.

Pierre de La SALLE, tué le 11-février 1915, et

(1), Christian PARMENTIER, tué le 15-4-1945 à la pointe de Grave.




LES SERVITEURS DE DIEU
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Dominique du CHAYLA, Prêtre
Alban de VAINS, Prêtre mort en 1895

Gustave VARANGOT, Prêtre
Patrick VARANGOT, Prêtre

Ludovic DUFOURC de CHAUMEL, Vicaire Général d'Agen
Pierre de LARTIGUE, Prêtre assassiné le 21 juillet 1792
Armand du CHAYLA, Carme

Henry d'ARGOUGES, Assomptioniste
Xavier VARANGOT, Missionnaire

(2), Thierry HENAULT-MOREL, Prêtre.


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Juliette LYON, Ursuline
Antoinette LYON, Ursuline

Gabrielle BOUDRIE, Ursuline
Alice TRAMOND, Religieuse

Odette du MERLE, religieuse
Anne-Marie de La SALLE, Religieuse

Madeleine de La SALLE, Religieuse
Marie-Thérèse NOBLET, religieuse

Cécile du CHAYLA, Carmélite
Suzanne du CHAYLA, Carmélite

Lucie du CHAYLA, Carmélite
Marie-Josèphe du CHAYLA, Carmélite

Jehanne de TALHOUET, Petite soeur de l'Assomption
Suzanne d'ARGOUGES, Petite soeur de l'Assomption

Elisabeth VARANGOT, Petite soeur de l'Assomption
Marie de La GARANDERIE, Religieuse Augustine

Berthe d'ARGOUGES, Fille de la Charité
Marguerite d'ARGOUGES, Religieuse de St. Vincent de Paul

Marie- Thérèse CHAUMEIL, Religieuse de St. Vincent de Paul
Françoise de COLIGNY, Dame du Sacré-Coeur

Françoise de SERANS, Auxiliatrice
Madeleine VACQUANT, Religieuse de l'Annonciade
Caroline SERS, Religieuse de le Visitation





SAINTE JEANNE D'ARC

Brulée vive à Rouen en 1431 en haine de Dieu, de la France et du ROI,






ABBE PIERRE DE LARTIGUE

Dit: l'Abbé LAUGA, massacré à coup de fourche par les femmes de Clairac le 20 juillet 1792,





ELISABETH HEBERT DE LA MAILLARDIERE

Guillotinée à Paris à la Barrière de Trône, le 21 juillet 1794,






MARIE-THERESE NOBLET

Religieuse morte en odeur de Sainteté en 1930 à Kulbana (Papouasie),






Souvenez-vous au Ciel de ceux de votre sang et étendez sur eux votre bienveillante protection.







PREFACE
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L' histoire d'une famille sera d'autant plus vivante qu'elle parlera mieux aux yeux.

Mais faire un tableau généalogique ascendant aussi complet que possible est un travail matériellement impossible.
Outre qu'il faudrait une place de plus en plus grande à chaque génération, dès qu'on aborde la période précédent la révolution, les sources manquent brusquement et l'on n'a plus à sa disposition que quelques papiers de famille; indéchiffrables pour qui n'est pas Chartiste, à partir de 1650, et des archives municipales ou religieuses fort incomplètes.

J'ai donc établi un premier tableau, BASE de tout mon travail, jusqu'à la cinquième génération comprise avant la mienne.
C'est en partant de la première ligne de ce tableau que j'ai poussé les antennes correspondantes aux études intitulées: « Ascendance de....... ».
Et c'est en partant des seize couples de cette ligne que je suis redescendu jusqu'à ma génération dans les études « Descendance de...... » pour obtenir l'ensemble de notre parenté légale.

L'ensemble est fort incomplet et des additifs suivront chaque fois que j'aurai pu obtenir les renseignements qui me manquent.

Les tableaux sont arrêtés à une date précise après laquelle, bien entendu, la famille continue à vivre........A chacun d'apporter les détails nouveaux qu'il pourrait connaître et à m'en faire part, autant que des erreurs ou omissions qu'il constaterait.


Je remercie très particulièrement Marcel, Marthe, Martial et Armand TRAMOND; Marie-Thérèse de SUYROT; G. de LA SALLE; Paul VARANGOT; G. VENE; Marie-Antoinette VACQUANT; Henry de VILLEFORT; Clémence
d'UZARD et Mimi de GAUJAC des renseignements si précieux qu'ils m'ont fait parvenir.



CHAPITRE I°
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LES TRAMOND
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« Je m'appelle Tramond,
je suis fier de mon nom !
Qui me fera trembler aura la barbe dure »


« Votre famille, mes enfants, est une très vieille famille de France. Elle a pris naissance quand à son nom dans le Bas Limousin au lieu dit « Tramond », reste d'un petit, tout petit village, plutôt une agglomération située dans le canton de Corrèze en Corrèze.
La plus ancienne mention de notre nom que j'ai pu trouver remonte à 1030 (Cartulaire d'Uzerche par G. Champeval, P.273, n° 489). Mais pratiquement on ne peut suivre les Tramond qu'à partir du XVII siècle où ils sont notaires de pères en fils à Naves d'abord puis à Cousin. C'est là que la révolution les trouvent, très nombreux, (nos trisaïeuls Jean et Martiale d'Astugues avaient eu treize enfants) et une partie va se fixer à Corrèze.
Cette branche là eut des heures difficiles, votre arrière-grand-père, Gabriel, fut un temps boulanger et son frère constructeur de ponts ! Ils reprirent vite leur rang social un instant troublé.
Leur nom, la considération qu'on y attachait, leur fortune parfois, leur puissance de travail toujours les avaient de tout temps fait rechercher pour des alliances par les familles les mieux posées du pays et les Baluze, les Fénis, les Champeval, les d'Astugues leur confiaient leur filles en mariage. Depuis notre trisaïeul, les Tramond se sont successivement alliés aux Lavialle, aux du Poërier et aux Canelle, introduisant chez nous le sang des plus vieilles familles nobles du Limousin, de la Normandie, de la Champagne et de la Gascogne.
A nos habitudes de terriens et de gens de robe, nous allions joindre celles de la noblesse, voire de la Cour, des gens d'épée et des grands administrateurs royaux.
En même temps nous allions devenir des « nomades » et ça n'est jamais sans un grand serrement de coeur que je pense aux champs de la Corrèze, aux châteaux du Cotentin, aux terres de la Champagne et des Ardennes, et aux métairies de la plaine de la Garonne ou du Quercy.
Mais nous faisions en même temps, en nous même, la synthèse du sang Français et ceci, peut-être, compense un peu cela..... Limousin âpre et dur, Normand aventureux et roublard, Ardennais spirituel, fidèle et lucide, Gascon enthousiaste et léger !
Vous trouverez toutes les positions sociales en étudiant ces pages: cultivateurs, commerçants, (très peu), avoués, notaires, avocats au parlement, médecins, grands propriétaires terriens, gens de cour, gens d'épées surtout, et vous y verrez qu'à servir sans cesse le Roi et la France nous ne nous sommes enrichis que de gloire, mais de la plus pure.

Nous avons bien servi et toujours, et la liste fort incomplète de nos morts pour la France et de ceux qui se sont voués à Dieu ne vous étonnera pas, non plus que nos « Martyrs » et que ce soit sous leur invocation que j'aie placé ces lignes.

Voilà ce qu'il faut que vous ayez toujours présent à l'esprit, mes petits, dans toutes les actions de votre vie. Chez nous on est Français, bon teint, sans mélange, on SERT, Dieu toujours, et la France, sous les armes la plupart du temps et avec honneur; et, si le service du chef ou de la Patrie ne réclame pas notre sang, nous lui offrons notre cerveau et notre coeur.

Dites vous toujours que vous avez du très vieux et du très noble sang de France dans les veines et que le nom que vous portez, où s'allient les traditions des travailleurs limousins, des conquérants normands et des soldats ardennais et gascons, ne doit pas déchoir à cause de vous.

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C'est vers 1800, et sans qu'on puisse trouver d'autres explications que l'état général de la France, que les Tramond, ceux de Corrèze tout au moins, furent brusquement attirés par l'armée.
JOHANNES, le jeune, disait dans une conférence sur Corrèze que le pic de Buffaguère, qui domine la ville, trouvait enfin une explication pour son nom dans l'engouement des corréziens pour les choses de l'armée. Non seulement les Tramond mais aussi les Billot, les Leynis, les Martinie s'orientaient vers la carrière des armes.

JOHANNES, le zouave, nous a laissé des lettres très détaillées sur la Campagne du Mexique. Le siège de Puébla en particulier y est décrit minutieusement. Il était alors Lieutenant au 2è zouaves.
« La partie que nous occupons, dit-il, est tournée vers l'est et Mexico. C'est donc après avoir contourné la ville par le nord et le sud (Bazaine au sud et Douay au nord) que le Général en Chef est venu établir son Q.G. Au Cerro-San-Juan, juste en face du pénitencier, et à 12 ou 1500 mètres de distance.
Les Mexicains n'avaient pas fortifié le San-Juan parce qu'ils ne pensaient pas que nous viendrions nous établir entre la ville et Mexico. Entre la ville où sont 25 000 hommes et Comonfort qui court avec une dizaine de mille......... …......Comonfort espérait forcer le blocus mais la cavalerie du Gl. Mirandol lui a infligé un premier échec et, plus tard au 14 avril, le colonel Brincourt lui en a infligé un autre. Il a aujourd'hui renoncé à introduire des convois ».
Puis il expose les détails et les difficultés d'un siège comparable à celui de Saragosse.

« …........On appelle Cadre un pâté de maisons qui, dans cette ville très régulière, a 200 vares de long sur 100 de large ( le vare vaut 850 m.). Donc on a attaqué le cadre 10 et je disais que deux échecs étaient venus refroidir notre ardeur. Le premier infligé au 51è qui a trois capitaines hors de combat, le 2è au I° Zouaves. Voici quelques détails sur ce dernier. On chemine par les maisons; arrivé à l'extrémité du cadre on fait une brèche sur le mur en face du cadre suivant puis puis on lance une colonne par cette étroite ouverture. Il faut traverser la rue battue par la mitraille des pièces ennemies placées à droite et à gauche....... »

Le Ier Zouaves fut appelé à nouveau à l'attaque comme vous allez le voir; il n'eut ni plus de chance ni moins de courage.

«..............le 25 avril.................à 9 h ½ on croit les brèches praticables. Elles le sont en effet, mais derrière se trouvent d'énormes barricades en sacs de terre que les décombres empêchent de voir, avec une grille devant le parapet......................Les Zouaves du Ier se précipitent tête baissée dans la rue; ils sont accueillis par un feu de mousquèterie épouvantable; les débouchés très étroits étaient battus par des milliers de balles ; plus de
8. 000 hommes, des cours, jardins, maisons, terrasses, dômes et clochers faisaient feu sur ces deux points. A gauche, on se trouve arrêté tout de suite par un fossé plein d'eau, une grille infranchissable et une barricade. Il y a impossibilité complète de passer. Tous se tournent à droite, là on doit traverser la rue, la brèche, une partie du jardin, un couloir et on tombe sur une barricade et une grille mais forcée en quelques endroits......... C'est un vrai désastre pour le bataillon du Ier. Près de 300 hommes sont tués, pris ou disparus. Il n'est revenu qu'un officier intacte, six ont été tués, quatre prisonniers dont trois blessées, le reste plus ou moins gravement atteint...........En somme, c'est une guerre assez triste. »

Dans une autre lettre du 19 avril 1863 il dit: « ….....On devait dans cette expédition marcher de surprises en surprise, ce sera dur, il faudra de l'énergie, nous n'en manquons pas............ »

On sait tous les déboires que cette campagne devait apporter à la France.

Johannes, lui, fût tué d'une balle et de dix huit coups de lance au combat d'Estanzuela contre les dernières troupes Juaristes le 27 septembre 1864.




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JEAN-BAPTISTE, le futur général, eut une carrière mouvementée. L'Italie, la guerre de 70 où il fut à Metz et s'en évada dans les conditions que je vous dirai tout à l'heure, l'armée du nord où il se couvrit de gloire à Bapaume et fut nommé Lt. Colonel par Faidherbe à 37 ans, l'Algérie où il fut envoyé en disgrâce après avoir été remis chef de bataillon, les études concernant l'armement, le ministère (à la direction du personnel) des missions à l'étranger, le commandement de l'Ecole Spéciale Militaire et enfin une division, à 56 ans, à Paris; voilà de quoi bien remplir une vie !
Il était technicien remarquable et c'est à lui que nous devons, en grande partie, le fameux fusil si injustement appelé « Lebel ».

Sa mort prématurée arrêtait une carrière qui l'eut certainement amené aux plus hautes fonctions.

Il savait voir et peindre les pays qu'il traversait et les gens qu'il côtoyait; lisez plutôt ce qu'il dit des femmes de Milan et des Italiens.

« Les femmes sont en général très belles à Milan (lettre du 20 juillet 1859), brunes presque toutes, elles ont l'oeil noir, le regard hardi et l'admiration qu'elles professent pour les soldats français leur faisait oublier bien des devoirs; le chapeau disparaît presque totalement, la coiffure se compose d'un voile noir en dentelle arrangé avec un goût exquis. Le genre mâle est assez bien, mais je m'y connais peu dans cette espèce....................A Turin, nous avons encore fait la haie pour l'arrivée de Victor Emmanuel et de l'Empereur, peu d'enthousiasme; je crains bien que nous n'ayons à nous repentir de ce que nous avons fait, la reconnaissance ne me paraît pas le sentiment favori des Italiens....

Son frère MARTIAL et lui s'aimaient comme il est rare que deux frères s'entraiment. Leur correspondance presque journalière est typique. Il n'est pas de circonstances dans la vie où ils ne se soient consultés et ils interviennent cent fois l'un pour l'autre.
Il n'est pas jusqu'au second mariage de Martial qui ne soit, en somme, le résultat de celui, manqué, de Jean-Baptiste car la vicomtesse d'Argouges avait d'abord senti battre son coeur pour le beau chef de bataillon injustement frappé dans sa carrière en 1871; et ce fut son frère, pourtant, qui l'épousait en 1872, subjugué par son charme;

« Hermine, écrit-il quelques jours avant son mariage, a des qualités essentielles et charmantes de l'esprit et du coeur qui m'ont touché et elle a su lever mes scrupules en parlant comme il fallait de Léonie ».
Ce ton là ne devait malheureusement pas durer toujours !

D'abord promis à la carrière notariale, Martial y renonça bien vite devant les difficultés matérielles où il était obligé de se battre pour vivre. L'étude qu'on avait envisagé de lui faire acheter passait 300 actes par an. Vous allez voir de quoi on vivait il y a cent ans à peine.

« Les notaires disent généralement que leurs actes valent 6 fr. Je veux porter mes 300 numéros à 8 fr., soit 2400 francs.
Si, de cette somme je déduis les 1000 fr. représentant l'intérêt du prix d'achat de l'étude ou des fonds roulants, il me reste 1400 fr. Et cependant, pour arriver à ce bénéfice net de 1400 fr. sur lequel il faudrait vivre et même écorner certains suppléments d'intérêt pour les capitalistes de tout à l'heure, il aurait fallu dépenser dix années d'énergiques et persévérants efforts, se livrer à toutes sortes de pratiques sinon frauduleuses, au moins délicates et peu compatibles avec l'honneur tel que je l'entend, faire toutes sortes de bassesses et ne cesser de transiger avec sa conscience...........................qu'en outre, lorsque l'on est notaire, il faut avoir un cheval, une maison montée, un domestique mâle ou femelle.......... »

Les notaires, même dans une petite ville de province, sont aujourd'hui mieux partagés !!!

Il s'oriente alors vers l'administration des télégraphes, y réussit par son énergie et son travail, fait la guerre de 70 dans la section de télégraphie militaire de l'état-major du Général Ducrot à Paris, y est décoré pour sa belle conduite au feu, c'était de famille, et crée à l'armistice le Service Télégraphique du Chef de l'Etat puis de la Présidence de la République qu'il dirige jusqu'au 16 septembre 1879.

Martial voit vivre journellement les hauts personnages du régime nouveau et nous les décrit avec cette verve et cette dureté qu'il met parfois à dépeindre ceux qui ne sont pas de son bord politique. Car il est républicain et démocrate et ne s'en cache pas.
« Oui, madame, j'épouse une légitimiste, dit-il en avril 72, et ce qui va vous scandaliser c'est que je ne lui fais aucune concession politique. Pourtant sa grand-mère a été guillotinée à Paris par les communards de 93 !
Mais ma fiancée qui me connait, qui m'accepte roturier, vilain, sait où j'ai puisé mes opinions; elle me les a entendu défendre devant son confesseur, l'éloquent Père Monsabré, qui essayait de me convertir à d'autres idées, et elle comprend que ces principes n'ont rien d'incompatible avec le respect de la religion, de la propriété de la famille, de la Loi et de l'autorité régulièrement élue et régulièrement changée par la Nation quand cela lui fait plaisir......... » Nous voici bien prévenus !

Thiers est un travailleur acharné, plein de sollicitude pour son entourage; sa femme est vindicative et méchante; Mac Mahon est distant et hautain mais d'une vigueur physique étonnante; quant à la maréchale, elle est avenante, simple et bonne.

Le 30 juin 1871, il décrit à Jean-Baptiste la soirée de la veille à la Présidence: « …................
L'assistance était nombreuse: M.Mahon, Cissey, Vinoy, Ladmirault, Lavaucoupet, Verger promènent leur Grand-Cordon, Bourbaki est en civil au milieu d'eux et paraissait bien portant; Chanzy s'y trouvait également avec une plaque de Grand Officier sur son habit noir......Picard redevenu gai depuis qu'il n'est plus ministre lâchait de tous les côtés de ces réparties autrefois tant recherchées et tant citées qui lui avait tout à coup fait défaut quand il avait mis sous le bras le portefeuille des secrets d'Etat. Mon patron, B. St. Hilaire, faisait de la bienveillance avec de jeunes dames et de la politique avec les candidats importants, surs ou à peu près, de leur succès dimanche. J. Favre méditait d'un air triste et disparut rapidement pour aller rédiger des dépêches, Jules Simon discourait en souriant d'un air satisfait; l'autre Jules était absent..................Un seul homme dans cette nombreuse réunion paraissait en proie à des idées sombres. Il allait silencieux par les groupes d'où personne ne lui adressait la parole, recevait de temps à autres un salut très cérémonieux de la part de gens obligés à lui faire cette politesse et s'éloignait, voyant qu'on ne parlait point. Cet homme était le Comte Waldersée, Lieutenant Colonel d'Etat Major prussien, chargé d'affaires de l'empire allemand...................... »

Le remplacement de Thiers par Mac Mahon fut fertile en événement de toute sorte et Martial, qui n'était pas sur de garder son poste, en informait scrupuleusement son frère et sollicitait son avis.
Madame Thiers déménage, madame de M. Mahon vient visiter sa future installation et.........le 29 mai.............rencontre, fortuite bien entendu, mais bien curieuse.

« Ce matin, madame Thiers est revenue terminer le déménagement de ses cristaux, objets précieux et tableaux chargés sur les voitures du garde-meuble, et il s'est passé un incident assez imprévu. Au moment ou l'ex-présidente, venue à pieds de la gare, débouchait dans la cour d' honneur par la porte ayant accès sur la rue St. Pierre, la Maréchale arrivait en voiture au perron. Celle-ci, reçue par Bidos fonctionnaire du garde-meuble, monte deux marches puis, apercevant madame Thiers qui, son sac de cuir à la main, s'était arrêtée sur la porte latérale de la cour elle l'attend; l'autre s'avance, on s'aborde, on se salue on se parle, la nouvelle venue gardant un degré d'élévation sur madame Thiers, et l'on entre dans la maison ou la Maréchale venait étudier les moyens d'installation...............Autre aventure plaisante: dans ces conjonctures surgissait, avec l'empressement obséquieux des solliciteurs, un monsieur à rosette et à favoris judiciaires, flanqué d'une dame en grande toilette, et qui allait se jeter aux pieds de la Maréchale lorsqu'on l'a arrêté, lui expliquant probablement la scène qui se passait à deux pas de lui; visiblement contrarié, il s'est éloigné avec sa moitié non sans s'inscrire chez le concierge sur le livre du nouveau Président et de sa femme.
J'ai voulu connaître le nom de cet empressé et j'ai lui: M. Nazel, ancien procureur général et Mme. Nazel !! Les Nazel ont renouvelé leur tentative dans l'après-midi mais il n'y avait plus personne. Nous reverrons certainement les Nazel jusqu'à la prochaine publication des mutations dans le haut personnel de la Magistrature debout !....... »

Et voici en date du 13 juin quelques détails sur l'entourage du Maréchal et l'organisation des services de la présidence.
« Le service télégraphique du Président a fonctionné de nouveau........et nous rentrons peu à peu dans nos habitudes antérieures, sauf certaines modifications de détails inhérentes au changement de personnes...............Ainsi le Maréchal, prenant une part moins directe et moins immédiate aux affaires, mon action se trouve un peu restreinte. Toute fois, cela ne diminue en rien la somme de travail incombant à mon bureau. Le Cabinet du nouveau Président se trouve divisé, en effet, en deux sections: militaire et civile, et chacune d'elle recevant la correspondance, je suis obligé de la faire reproduire;............J'ai déjà eu quelques rapports avec le personnel de la maison composé ainsi qu'il suit: colonels d'Etat-Major d'Abzac et Broye, Lt. Colonel Robert, chef d'escadron d'artillerie de Vaulgrenant (parent je crois de la maréchale), lieutenant de cavalerie prince de Berghes et Vicomte d'Harcourt. D'Abzac, Broye, Vaulgrenant et Berghes sont au bureau désigné sous le nom de Cabinet du Maréchal; Robert et d' Harcourt ont le secrétariat et paraissent être subordonnés à l'autre bureau................ »

Et cette existence paisible, déchirée par la mort soudaine du premier bébé de Martial, en 1873 à six mois, illuminée à nouveau par la naissance de Gabriel en 1875, devait continuer jusqu'au départ du Maréchal en 1879. Alors, votre arrière-grand-père passait dans l'administration des Finances. D'abord percepteur à St. Calais puis receveur particulier à Vitré et à Baugé, il est enfin affecté à La Flèche, qu'il a demandé pour y surveiller l'éducation de son fils élève au Prytannée, et où il reste jusqu'à sa retraite.

C'est là qu'il fait connaissance des Lalobbe, qu'il marie son fils et qu'il meurt brusquement le 3 février 1899.
C'était un homme droit, travailleur acharné mais entier, dur, intransigeant, très feru de son autorité de mari et qu'il fut malheureux toute sa vie d'avoir une femme plus fine que lui, très attachée à ses traditions « Légitimistes » et qui, disait-il, compromettait sans cesse sa carrière par ses intempérances de langage. Jaloux, au fond, de ses origines, il exaspérait par contre coup, les mérites des siennes qu'il mettait en avant à toute occasion........................
« Ces petites de Franqueville, (l'expression est de Guérin-Précourt) ont fait en somme d'assez piètres mariages, Guérin, Maynard, La Salle sont de petites bourgeoisie ! »...........et une autre fois: « Ne méritons nous pas les plus....................




ET TOUT S'ARRETE LA SUBITEMENT !!!!!

Françoise Tramond-Hallot,



(1) et (2): Noms ajoutés par Françoise Hallot ce 29 avril 2011.